



Une idée reçue a la vie dure :
la dette publique d’une génération serait nécessairement remboursée par la suivante. Rien n’est plus faux, l’histoire en témoigne. Et pourtant, le mythe des bébés couverts de dettes à la
naissance sert toujours. Ceux qui l’agitent cherchent à faire peur. Ils y parviennent souvent. Et ce n’est pas le moindre des paradoxes : au moment où la déréglementation produit la pire des
crises, c’est l’Etat que l’on montre du doigt.
Une pétition circule même, signée, écrit l’un d’eux, par « de nombreux experts en économie » (sic). Elle appelle le Chef de l’Etat à « simplifier la réglementation du travail, à réformer l’Etat pour diminuer la dépense publique ». Il s’agit, bien entendu, de « préserver l’avenir de nos enfants ». La dette publique ne dépassait-elle pas 73% du PIB de la zone euro fin mars, selon Eurostat, quand les règles de la zone la limitent en principe à 60% ?
Il n’y a cependant pas lieu de s’émouvoir.
Aux Etats-Unis, en 1946, la dette publique fédérale atteignait 271 milliards de dollars, soit plus de 121% du
PIB. Les enfants du baby-boom auraient eu fort à faire s’ils avaient dû rembourser. Mais il n’en fut rien. Durant les trente années qui suivirent, le budget de l’Etat fut déficitaire deux fois
sur trois et l’Etat emprunta toujours plus. En 1976, la dette fédérale avait plus que doublé. Elle atteignait maintenant 629 milliards de dollars.
Cependant, nul ne
s’en souciait. Il n’y avait pas de raison pour cela. La croissance économique avait été beaucoup plus vive encore, et la dette fédérale ne représentait plus que 36,2% du PIB. Sa persistance
n’avait pas entamé ni le pouvoir d’achat des ménages, ni la propension des entreprises privées à investir.
Les pétitionnaires
prétendent que l’Etat emprunte « au détriment des investissements des entreprises ». Il est cependant difficile de déceler un tel effet d’éviction à la lecture des graphes
ci-dessus. Ils prétendant également que pour relancer la croissance, la
meilleure chose à faire serait de « réduire le fardeau fiscal de tous les particuliers et des
entreprises ». C’est faire peu de cas du passé. Durant les Trente Glorieuse, aux Etats-Unis, le taux marginal de l’impôt sur le revenu atteignait 80% et le taux de l’impôt sur les
bénéfices des sociétés 50%. La croissance économique ne semble pas en avoir pâti."
Derniers Commentaires